05.10.2011

Quatre matchs et un enterrement

Polnareff, Bourges, Racc, RC Issoudun

Oui. Quatre matchs et un enterrement en guise de bilan. Avec la marche funèbre jouée par les cuivres dixieland de la Nouvelle-Orléans. C'est en tout cas la digne conclusion des « Charlots font la Nouvelle-Zélande » qu'on nous promet face à l'Angleterre, samedi matin à Auckland.

Nos petits bleus partis chasser le kiwi vont au bout du compte se piquer à la rose et rentreront dimanche par le premier avion, une main devant, une main derrière. On connait tous les effets dévastateurs d'une mâchoire qui croque à pleines dents une tablette de chocolat Crunch. On va revivre sur la pelouse d'Auckland le même cataclysme que dans la pub.

Imaginez la scène : coup d'envoi donné par l'inénarrable Mister Walsh, à la tombée du ballon de Wilko, mauvaise réception de Harinordoquy, marée blanche (ou noire, allez savoir avec les Grands bretons) et premier essai d'Ashton dans la foulée. Explosion dans le stade, tremblements de terre sur le gazon et Parra qui baisse la tête pour découvrir que, dans l'assaut, son maillot a été déchiré, que le short est en lambeaux et qu'à ses pieds, Poux, agenouillé, se tient la tête à deux mains tandis que son arcade saigne pour la énième fois depuis son arrivée en Nouvelle-Zélande. Une scène de désolation hilarante façon nanars des années 60 où Jean Lefèbvre se retrouvait le costume trois-pièces tout fumant après l'explosion de sa 404...

Comment le XV de France pourrait-il échapper à l'élimination quand on voit avec quelle prestance il a abordé son match contre les Tonga ? Vu du Berry comme de l'Ardèche ou du Cantal, tout ceci ressemble étrangement aux vacances de M. Domenech en Afrique du Sud. On ne se fait décidément pas à l'hémisphère d'en bas. Raoul l'avait déjà pressenti la semaine dernière. Mais là, ça va au-delà des espérances. Le ventre perclus de crampes à force de rire, le porteur de short le plus glamour de l'Hexagone, se demande si tout ceci est bien sérieux.

Et dire que Marco n'en profitera pas pour partir avec le magot prud'hommal. Domenech, au moins, son plan de carrière lui imposait de passer par la case pognon parce que le football baigne dedans et ne sait pas poser les garde-fous qu'il faut. Les pontes du rugby, eux, ils ont le terroir chevillé au corps. Quand il s'agit d'engager un joueur, de négocier l'arrivée d'un nouvel entraîneur, de s'assurer le soutien d'un gros mécène à cigare, on déguste un armagnac hors d'âge, on se tape dans la pogne et l'affaire est faite. Le maquignon aime le travail bien fait et la parole donnée. Pas le footballeur.

Et quand Sa Sainteté Camou 1er annonce que Lièvremont ne sera plus sélectionneur de l'équipe de France, il prend les assurances nécessaires et se dépêche de préciser que Saint-André ne prendra la relève qu'en décembre, quand le contrat viendra officiellement à terme. Lièvremont n'aura plus alors qu'à dégager proprement sans avoir à aller plaider sa cause devant les Prud'hommes pour rupture abusive.

Pas de rente aux Prud'hommes

Donc Marco, à quoi ça sert de saborder le navire tricolore ? Ce qui va s'apparenter à un naufrage en règle pouvait être l'exclusivité du rugby français, celui qui laisse jouer son championnat élite en plein Mondial. Seulement voilà, la capacité du sélectionneur tricolore à prendre les traits de Domenech va nous garantir une exécution en place publique. C'est finalement bien plus pratique. Lièvremont s'offre en martyr, protégeant ainsi quelques-uns de ses joueurs-cadres qui ne se sont jamais sentis concernés par le Mondial.

OK, il faut en avoir dans le calbute pour continuer à avancer quand on sait pertinemment avoir pris la mauvaise voie. Le tout en affichant un sourire narquois dans les conférences de presse. Jusque-là, on appelait ça faire son « Raymond ». Aujourd'hui, c'est devenu « faire son Marco ». Et dire qu'on aurait pu laisser une chance à Trinh Duc pour se refaire.

Il suffisait de lui rendre son numéro 10. Au lieu de cela, le voilà avec quasiment les mêmes statistiques qu'Estebanez qui est au rugby de l'ère Lièvremont ce que sont à l'art moderne les colonnes de la République de Châteauroux.

Pour sûr, il en a quand même fait de belles le Marco. Servat et Rougerie n'avaient pas la condition pour tenir leur rang. Le coach leur a quand même donné les clés du camion, la carte Total prestige avec. Mieux, il a fait de coiffeurs annoncés des joueurs incontournables, laissant à la maison quelques papas qui ne nous auraient pas forcément conduits vers le précieux trophée, mais auraient au moins empêché que l'on devienne la risée des supporters japonais ou tonguiens.

La risée des Tonguiens

Heureusement, de ce marasme resurgira bien vite le Top 14 dont on a hâte qu'il redevienne prioritaire pour effacer le cauchemar sudiste. Au moins Raoul aura-t-il savouré ce grand moment de sport dont nous autres, Gaulois, avons le secret : la défaite en chantant.

Petit problème, toutefois : à chaque coupe du monde, le XV de France nous sort le match référence. Celui qu'il faut à tout prix conserver dans sa dévédéthèque. La partie digne du hall of fame de l'IRB. Ce pourrait bien être samedi contre l'Angleterre. En même temps, y a pas le choix, le temps joue maintenant contre les Bleus. Et s'ils l'emportent, comme à la Libération, il sera alors bien assez temps de retourner sa veste pour louer les qualités de gestionnaire de Marc Lièvremont. Tant que les lettres anonymes auront été signées Aimé Jacquet, l'honneur sera sauf...

Bon faut être honnête : si le Mondial des Bleus s'arrête samedi, Raoul devra faire appel à toutes les bonnes volontés parce que fin de saison cycliste oblige, le champ d'investigation du short moulant sera du même coup fortement réduit. Allez, qu'à cela ne tienne, une nouvelle défaite de la Berrichonne football, une pilule avalée par le Racc ou le retour de l'ex-futur-vedette-botteur-de-valeur-mondiale roumain du RC Issoudun suffira au bonheur de l'ami Dupneu. À moins que. Oui, à moins que Raoul n'aille faire un tour du côté du Prado.

Là aussi, y a matière. Hormis tout ce que la cité de Jacques-Coeur compte de retraités, le Bourges basket a en effet bien du mal à intéresser qui que ce soit. Même les 1.500€ par mois alloués par l'ASVEL à Tony Parker le temps du lock-out en NBA (le salaire avoué, pfffff!) font plus de bruit dans l'Equipe qu'une belle paire de fesses en culotte tango affichée en 4x3 sur les murs de Bourges. C'est dire l'engouement pour le basket féminin.

Tiens d'ailleurs, plutôt que de se laisser pousser la moustache pour un pari d'un autre âge, Marc Lièvremont n'aurait-il pas mieux fait de se prendre pour le Michel Polnareff de la grande époque ? Montrer son cul à la France entière, ça avait le mérite d'être clair...

Le son du jour envoyé par un certain Marc L. depuis Auckland

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30.09.2011

Un grand bravo à tous

Lièvremont, Trotignon, Lachuer, Froger, Zvunka, Laporte

Hey ben dites donc, si on lui avait expliqué ça au Marco, pas sûr qu'il aurait accepté le poste. En l'espace d'une olympiade, il est passé de maître à penser du XV de France à victime collatérale d'un procédé chimique qui dissout toute notion tactique. A moins qu'il ne s'agisse du principe d'Archimède revu et corrigé : tout corps de sélectionneur plongé dans l'eau de l'hémisphère sud subira une pression inversement proportionnelle aux conneries qu'il débitera à la fin de son mandat.

Quand l'Australie deviendra championne du monde de rugby le 23 octobre prochain (quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit?), j'espère quand même qu'il y aura quelques dirigeants français pour se souvenir que le naufrage de Lièvremont et sa bande en Nouvelle-Zélande, c'est aussi les pontes de la Fédé qui en sont responsables. C'est pas faute d'avoir eu quelques exemples flagrants ces dernières années. Le plus célèbre d'entre eux concerna quand même nos Bleus du foot qui savaient, avant même le début du Mondial, que Laurent Blanc serait leur patron dès que les vacances sud-africaines seraient achevées.

Si les rugbymen avaient le moindre doute sur les facultés de Lièvremont à les conduire vers le titre mondial à l'Eden Park, ils ont heureusement pu compter sur le soutien sans faille de leur président fédéral pour les effacer. Camou a annoncé que Saint-André arriverait aux affaires en décembre prochain alors que les gars n'étaient même pas encore montés dans le bus qui allait les conduire vers Roissy !

Grâce soit donc rendue aux élus de la FFR pour cette gestion humaine digne d'un DRH chargé d'épurer les rangs d'une boîte inscrite au club fermé du CAC 40. Que l'on brûle également un cierge pour Jo Maso qui a laissé pénétrer Raymond Domenech dans l'enceinte de Marcoussis afin qu'il distille quelques précieux conseils de managérat à un XV de France en pleine quête de couronne mondiale. Une chouette idée ça. Une lubie d'un homme qui fut un joueur de talent, mais qui n'a pas su quitter la scène assez tôt. Hey Jo !

Aussi bien que Laporte avec la Berri

Son idée fut aussi lumineuse que lorsque la Berrichonne football et son président délégué d'alors, Patrick Trotignon, convièrent Bernard Laporte à la table de l'équipe la veille de sa finale de Coupe de France contre le PSG... Y a des consultants qui valent pas tripette. Engagez les, il en restera toujours quelque chose.

N'est-ce pas Pierre Sled ? Grâce à Domenech, lui aussi sait ce que veut dire boire le bouillon et c'est déjà tout France Télévisions que l'on est en train de jeter avec l'eau du bain. Audiences en bernes, qualité des programmes au ras des pâquerettes, avilissement des téléspectateurs qui croient s'instruire sur le service public, mais se voient servir de la daube déjà recyclée dix fois sur TF1.

Mais je m'égare. La situation des rugbymen français n'est pas dramatique à ce point. Non, non. Elle est juste catastrophique. Faut quand même le faire : sortir des phases de poule sans avoir été capable de désigner un XV type, ça, c'est palace ! Mais puisque j'ai toujours eu un faible pour Lièvremont, (ça date de l'époque Perpignan et BO. Ah ? Il est aussi passé par le Stade français ? Comme quoi, la vie est jalonnée de sacrés faux pas), je continuerai à le trouver excellent. C'est drôle quand même un mec qui dit qu'on l'emmerde quand la question posée, effectivement, l'emmerde. Même Bernie le Dingue n'a jamais été aussi droit dans ses bottes. C'est dire la prestance de Marco.

Allez, encore une semaine à patienter et il n'y paraîtra plus. Ces @&!$'' d'Anglais nous auront renvoyé à la maison et il s'en trouvera bien quelques-uns pour pendre Marco à un croc de boucher. Saint-André arrivera pour vendre du rêve en barre et on se tournera alors vers le Tournoi que les Bleus, bien évidemment, remporteront, Grand chelem en poche.

Ça se passe comme ça dans le rugby tricolore et ça me rappelle cette pensée de Cavanna : « Il existe une chose et une seule qui soit encore plus rare qu'une vérité exempte de toute erreur: c'est une erreur absolument exempte de toute vérité » (méditez ça...)

Un lecteur nous écrit

Parce que oui, le XV de France, tous les quatre ans, c'est comme la Berrichonne de Châteauroux : on est plein d'espoir en juillet et l'automne arrivé, on déchante en se disant qu'il va falloir se contenter d'éviter le pire au printemps. Ce qui m'amène à évoquer le courrier d'un lecteur assidu du Raoul, fort choqué par des propos tenus ici même voilà quelques semaines après la glorieuse sortie face à Nantes (2-2 au municipal).

Fort courroucé, notre éminent spécialiste du ballon rond m'a donc expliqué : « le terrain qu'il soit synthétique ou engazonné a forcément, et de plus en plus, de l'importance (dans le jeu), mais je ne veux pas accorder plus de crédit que cela en mérite à ce qui se passe dans les tribunes, dans les gradins, dans les salons : j'en ai suffisamment entendu ici ou là pour être convaincu que tout ça, c'est du bla-bla, mais il faut bien que les gratte-papiers vivent. Moi ce qui m'intéresse, c'est avant tout le sport en général. C'est-à-dire le jeu, l'intelligence tactique collective, la sensibilité et la qualité technique des joueurs. »

Diantre, il fallait que ce soit dit, c'est dit. Je ne saurais toutefois trop conseiller à notre lecteur assidu de se rendre au Parc des Princes (bien que des séparatistes basques viennent de fortement plomber l'ambiance), au Vélodrome les jours de Champion's League ou à Manchester pour pouvoir donner leur pleine mesure aux qualificatifs suivants : intelligence tactique collective, sensibilité et qualité technique des joueurs. En effet, à l'exception de 1997, du passage éclair, mais salvateur de Yann Lachuer, ou des intermèdes Froger et Zvunka épisode II, c'est du jamais vu à Gaston-Petit !

Là, je pense que notre lecteur va s'écorcher les doigts en maltraitant son clavier pour renvoyer Raoul à ses chères études. Qu'il se rassure, j'y vais tout seul. Le week-end est là, ensoleillé, et il y a plein de belles choses à faire.

Le son du jour, pour toi Jo...

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25.09.2011

Au Harp Inn, c’est purée de Kiwis

All Blacks, Yachvili, Harp Inn

Retour à Costa Mesa où Raoul a trouvé un soutien de poids pour étayer. Comme le Rikouk ne se tient plus en période de matchs de rugby, je lui laisse bien volontiers la parole...

Re-Salut tout le monde !

Nous revoici ce samedi matin, cette fois au Harp Inn, le pub irlandais qui est le seul, aux alentours de Costa Mesa, à diffuser les matches de coupe du monde.

Il faut tout de même préciser que ce match France – Nouvelle-Zélande avait lieu à 1 h 30 du matin, heure Californienne et que, légalement, les bars doivent fermer à 2 h, donc le match n’a été diffusé que ce matin à 9 h (NDLR, devant tant de précision, Raoul a renoncé à vous expliquer les tenants et les aboutissants du décalage horaire !)

Hier soir, j’ai cherché en vain une chaîne qui diffuserait le match en direct à 1 h 30, mais bien sûr, c’était impossible à trouver. Je me résous donc à attendre ce matin pour voir le match en différé au pub et étrenner mon nouveau maillot moule-burnes frappé du coq, accompagné de ma meilleure moitié au milieu d'un banc de supporters Blacks (Photo, la colonie de Cheerleaders All Blacks de Costa Mesa et deux pom pom pouffs bleues perdues au milieu de tout ça).

Bien entendu, en regardant l’heure sur mon iPhone au réveil pour ne pas louper le match, j’avais 3 notifications de journaux français me donnant le score du match, anéantissant du coup tous mes espoirs de pouvoir préserver le suspense et que nos seconds couteaux alignés pour limiter les dégâts contre le rouleau compresseur tout noir, ne soient pas trop ridicules.

Après la raclée d’usage à ma douce et tendre, automatique en jour de défaite (comme dit toujours mon père : « frappe ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait ! »), nous voici donc rendus au pub, moi connaissant pertinemment le score.

Nous arrivons à la 30e du match, déjà 0-19 pour les Blacks, après « une bonne résistance bleue », m’a-t-on dit. J’ai vu une mêlée bleue loin d’être dominatrice, ce qui est inquiétant pour la suite, des All Blacks qui passaient notre défense dès qu’ils le décidaient, un Szarzewski bien faible qui ferait mieux de laisser sa place aux grands, un Yachvili qui est toujours aussi lent derrière un pack pas formidable.

Mis dehors par des Universitaires

Ma petite pom pom pouffe, la « petite indienne franchouillarde », découvre le rugby, et se rend compte a quel point une passion commune peut réunir des gens qui n’auraient rien eu à faire ensemble sinon. « À world in Union », ils appellent ça à l’IRB. Ça prend tout son sens au Harp Inn.

Même si c’est incomparable vu l’engouement californien pour le rugby – qui bouleverse à peu près autant de monde ici que le fit l’AVC de Mouss Diouf. Ça me rappelle ce que j’ai ressenti lors de mon périple australien en 2003 : sauf qu’à ce moment-là, je jouais encore, et que maintenant, je n’ai plus que mes souvenirs de vieux con à raconter.

Ensuite, le bar s’est rempli de supporters de foot US universitaire qui nous ont poussés vers la sortie : c’est incroyable, car ici, ce n’est pas la NFL et son point d’orgue le Superbowl, qui déchaîne les passions, mais le football universitaire. Les USC Trojans sont en effet beaucoup plus populaires que les San Diego Chargers !

Maintenant, il ne me reste plus qu’à savourer le match contre les Tonga la semaine prochaine, et espérer que le XV de France nous fasse mentir et prenant sa revanche en finale. Allez les petits Bleus !

Rikouk (Correspondant à Costa Mesa)

Le son du jour nous vient des Trojans (Rikouk est le 3e en partant de la gauche au 8e rang)

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